Paris-16-juin-2016-manifestation-anti-loi-travail
Cette manifestation du 14 Juin 2016 a été l’une des première que j’ai couverte sur la loi travail. J’ai rejoint le cortège à mi-parcours et la manif avait déjà dégénéré. Au bout de seulement quelques minutes, j’ai vu un homme d’une cinquantaine d’années se prendre un coup de matraque à un mètre de moi au niveau de l’arcade droite, il s’est tourné dans ma direction et j’ai aperçu le sang gicler au rythme des battements de son cœur.


La violence de cette manifestation, d’un côté comme de l’autre était irréel. C’était une sorte de guerre civile, des grenades de désencerclement explosaient de façon continue tout autour de moi, des gaz lacrymogènes mélangés à une chaleur étouffante et l’absence de vent me prenait à la gorge et aux yeux, j’ai ressenti l’impuissance de ne plus pouvoir respirer et mes yeux restaient fermés, m’obligeant à rester au sol, immobile, pendant plusieurs minutes. Par la suite j’ai voulu passer du côté des CRS pour avoir un point de vue différent mais le timing était mauvais, ils ont chargé et je me suis retrouvé sur la ligne de front entre CRS et manifestants, j’ai été coincé sur un côté de la rue et j’ai reçu un coup de matraque à le tête en essayant tant bien que mal de me protéger. J’ai été ouvert de plusieurs centimètres sur l’arrière du crâne et mon canon T90 à reçu un coup qui l’a mis hors jeu. Il s’est miraculeusement rallumé une bonne demi heure plus tard et j’ai pu continuer à suivre la manifestation.


J’avais aperçu “l’Homme au drapeau” un peu plus tôt dans le cortège, il contrastait de par sa nonchalance avec les manifestants cagoulés, qui couraient et se déplaçaient rapidement. Lui marchait tranquillement, ne courait jamais, il arborait son drapeau “FAR” (Fraction Armée Rouge), une organisation classée “terroriste” d’extrême gauche qui s’est formée en Allemagne à la fin des année 60. Avec cette nonchalance il semblait porter le poids de l’histoire aux côtés de jeunes révolutionnaires. La photo a été prise devant l’hôpital Necker où les débordements ont largement été relayés par les médias, mais lui, l’Homme au drapeau, se trouvait en plein milieu de la rue et ne semblait ne s’intéresser ni aux manifestants, ni aux CRS. Il était juste là, au moment où les affrontements ont été les plus violents, au milieu des gaz lacrymogènes et des explosions, comme un fantôme surgissant du passé il semblait observer d’un regard extérieur ce qu’il se passait devant ses yeux. Cette scène était irréelle c’était comme si j’avais été le seul à pouvoir le voir, il semblait inaccessible.
Je m’appelle Yoann LEVEQUE, je suis un jeune photographe de 22 ans né à Marseille au début des années 90′. J’ai commencé la photographie il y a 5 ou 6 ans lorsque mon grand père m’a donné l’appareil qu’il avait utilisé pendant la guerre d’Algérie. Quelques mois plus tard je suis tombé sur un canonT90 dans un vieux magasin de photo de ma ville et c’est toujours l’appareil que j’utilise aujourd’hui. A mes début j’ai beaucoup photographié mes amis parce que c’était le moyen le plus facile et rapide de progresser, aujourd’hui encore je continue à prendre en photo les gens de mon entourage mais j’ai ressenti le besoin de trouver un sens à mes images et j’ai commencé à m’intéresser aux problèmes sociaux et à me retrouver au milieu de manifestations parfois violentes.


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